4 février 2009

Barfleur: Lumière d'Octobre


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Mois d'Octobre. Fin d'apès-midi.
Un gros grain approche. Sur la mer, le ciel est d'encre de Chine.
A Barfleur, le soleil brille encore. Une lumière de miel doré éclabousse le port, les bateaux de pêche et les quais, pour quelques minutes encore.
Puis la pluie est arrivée.On s'est refugié "Chez Buck".
Après une délicieuse crêpe flambée au Calvados et une pétillante bouteille de cidre bouché, le soleil est revenu.
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25 Novembre 1120.
Henri 1er Beauclerc, Roi D'angleterre, qui vient de passer quatre ans en Normandie, s'apprête à regagner son royaume. Il est à Barfleur, avec toute sa cour, ses deux fils, Guillaume et Richard, héritiers du trône, et sa fille Marie.

Le vent n'est pas propice, et les hommes de l'équipage des deux navires royaux, le Royal Tigre et la Blanche-Nef, passent la journée dans les tavernes du port.

Le roi est impatient de rentrer à Londres, et il donne l'ordre de partir à la tombée du jour. Sur les quais, un homme l'approche. Il s'appelle Thomas Airard, il est le fils d'Étienne Airard qui emmena Guillaume le Conquérant à travers la Manche, en 1066, vaincre les Anglo-Saxons à Hastings. Tout comme son père, il est pilote, et propose ses services au roi, mais Henri 1er a déjà un pilote, aussi il lui répond:
"Pour faire droit à ta requête et ainsi honorer Étienne Airard, qui a conduit le conquérant sur le sol de l'Angleterre, je veux te confier ce que j'ai de plus précieux. C'est toi qui conduira la Blanche-Nef sur laquelle se trouveront mes deux fils, et ma bien aimée fille Marie, mes chevaliers et mon trésor. Demain, à ton arrivée, je récompenserai tes soins."

Peu après, le roi, accompagné de 200 chevaliers, embarque sur le Royal Tigre et se prépare à l'appareillage. Mais la Blanche Nef n'est toujours pas prête. Guillaume a du mal à rassembler l'équipage éparpillé dans les tavernes du port.

Il est donc plus de 10 heures du soir quand Thomas Airard, le pilote, fils d'Etienne, pilote de Guillaume le Conquérant 54 ans plus tôt, donne le signal de lever l'ancre. La Blanche-Nef s'éloigne du rivage sous les acclamations de plus de mille spectateurs.

Le Royal Tigre est déjà loin, et Thomas, pourtant habitué à ces côtes dangereuses, met le cap au nord dès la sortie du port, afin de rattraper le vaisseau royal. Son navire file très vite, porté par les vents de terre et les coups de rame de l'équipage.

Tout a coup la Blanche-Nef stoppe brusquement, dans un grand craquement: Elle a heurté le rocher Quilleboeuf, juste au large de Gatteville. A bord , c'est la panique. En quelques minutes, le navire se remplit d'eau. Beaucoup se jettent à la mer, croyant pouvoir regagner le rivage, mais le froid et la mer ont raison d'eux. Certains s'accrochent à ce qui reste, les mats, le bastingage, des planches.

Thomas, le pilote, attrape le canot arrimé à la poupe, et tente de sauver le jeune prince Guillaume, le jetant dans le canot. Guillaume ordonne à Thomas de revenir vers l'épave, à moitié engloutie, afin de sauver sa famille. Thomas ne veut pas, sachant que trop de naufragés vont s'accrocher au canot, trop petit pour tout ce monde, et le couler. "Pilote, il fait sauver ma sœur ou mourir avec elle" , dit alors Guillaume d'un ton impératif.

Ils reviennent vers le navire, les rescapés se jettent tous dans le canot, qui coule sous leur poids, entraînant avec lui Thomas Airard, Guillaume et Marie.

Il n'y aura qu'un seul survivant, le boucher du bord, Berold, que l'on retrouvera le lendemain, agrippé au mât du navire. Dans ce naufrage, dont ni du navire du roi, ni de la terre, on ne s'était aperçu, périrent noyées 193 personnes dont 140 chevaliers. Et le trésor des ducs de Normandie était englouti là par une quinzaine de mètres de fond, au large de Barfleur.

La légende dit que jusqu'à sa mort, onze ans plus tard, Henri 1er Beauclerc ne sourira jamais plus.

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One day in October, late afternoon.
A squall is moving in. Over the sea, the sky is pitch black.
In Barfleur, the sun still shines. The light, golden like sweet honey, bounces on the port, on the boats, and on the quays for a few minutes more.
Then it starts to rain. Heavily. We found refuge at "Chez Buck".
After a delicious flaming Calvados crepe and a bottle of local sparkling cider, the sun shines again.
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25 November 1120.
Henri 1er Beauclerc, King of England, who just spent the last four years in his duchy of Normandy, is ready to sail back home. He is in Barfleur, with his court, his two sons, William and Richard, heirs to the throne, and his daughter Mary.

The weather is not cooperating, and the crews of the two royal ships, The Royal Tigre and The Blanche-Nef, spend the day drinking in the taverns around the harbor.

The king is getting impatient to get back to London, and he gives orders to sail out at nightfall. On the quays, a man approaches him. His name is Thomas Airard, he is the son of Étienne Airard who guided William the Conqueror's ship across the Channel in 1066, on his way to his victory at Hastings. Just like his father, Thomas is a skipper, and he proposes his services to the king. But Henri already has his crew on board, and he replies:
"To satisfy your request, and to honor Étienne Airard, who guided the Conqueror across the sea to England, I entrust you with what is most precious to me. You will be skipper on the Blanche-Nef, on which my two sons and my dear daughter are sailing, with my knights and my treasure. Tomorrow, when we land, I will reward you."

Then the king, with 200 of his knights, boards the Royal Tigre and prepares to leave. But the Blanche Nef is not ready: William has trouble rounding up the crew from all the taverns.

It's not until 10 pm that Thomas Airard, the skipper, son of Etienne, skipper to William the Conqueror 54 years earlier, gives the signal to raise anchor. The Blanche-Nef leaves the harbor under the acclamations of over a thousand spectators.

The Royal Tigre is already far out to sea, and Thomas, although well aware of the dangers, sails straight to the North, hugging the coastline, trying to catch up with the royal ship. The Blanche-nef is fast, pushed by a strong wind from the shore, and the power of 50 oarsmen.
Suddenly, the Blanche-Nef grinds to a halt, in a great crashing sound: She has hit the reef of Quilleboeuf, near the Point of Gatteville. On board, panic ensues. Within a few minutes, the ship is full of water. Most passengers jump in the dark sea, hoping to swim to shore, but the water is too cold, the currents too strong. Some try to hang on to the masts, to some planks, anything that floats.

Thomas, the skipper, pulls the dinghy they were dragging behind, pushes William onto it, and moves away from the wreck. But the young prince commands him to return to the sinking ship, he wants to save his brother and his sister. Thomas refuses, he knows that, as soon as they will aproach, the survivors will jump on the dinghy and it will sink or capsize. "Skipper, we have to save my sister or die with her", shouts William.

And what Thomas had predicted happens. The dinghy sinks under the weight of all those who tried to board it. William, Mary and Thomas, all drown.

There will be only one survivor, Berold the butcher. He will be rescued the next day, still hanging to the main mast of the Blanche Nef. All told, 193 people died, 140 of them knights. And the treasure of the Duchy of Normandy was buried under fifty feet of water near the coast of Barfleur.

According to the legend, Henri 1er Beauclerc would never smile again until his death, eleven years later.

8 commentaires:

k@ a dit…

Merci de ton passage - ici aussi, on peut se raconter un beau roman, une belle histoire en pareille lumière et doux panorama...

Pierre a dit…

Une piqure de rappel concernant l'histoire. Merci pour les explications.

Anonyme a dit…

Une lumière extraordinaire! J'aime beaucoup la composition... Merci pour le commentaire chaleureux dans mon blog... Je repasserai ici régulièrement! Pixera (http://pixera.romandie.com)

Alex a dit…

Buen encuadre, composicion, profundidad de campo...en fin un gran trabajo junto al procesado.
Saludos.

10Fraction a dit…

une ambiance exceptionnelle avec cette lumière et ce ciel profond

Marhilde a dit…

Très belle couleurs !! Et une atmosphère ménaçante.

claude a dit…

La lumière est effectivement magnifique et j'adore ce ciel tourmenté et menaçant, quelle belle photo!

Hubert a dit…

très belle prise de vue avec une superbe lumière et un ciel bien chargé ! Un ciel bien de "t'cheu nous" ;)... félicitations !
amicalement