20 décembre 2009

La Hague: Baie d'Ecalgrain


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On revient à la Baie d'Ecalgrain, toujours belle, quel que soit le temps. Ce jour-là, il faisait bon se promener sur la plage, jusqu'à ce qu'une vague de nuages déferle de la mer. Et cette ode élogieuse, en ce moment d'un auteur inconnu, lui sied très bien.

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Un petit coin de paradis. La baie d'Écalgrain. Entre le Nez de Jobourg et le port de Goury, à la pointe de La Hague, un trait d'union grandiose, pour solitaires admiratifs.
Rendez-vous à Jobourg, là-bas, presque tout au bout du monde. On ne tombe pas sur ce coin par hasard. Mais le hasard vous y conduit. Et on se fiche pas mal de savoir si la pluie est généreuse, si les gouttes sont grosses ou fines.
Quel que soit le temps, la baie d'Écalgrain est belle, tout simplement. Maritime et merveilleuse. Venteuse et minérale. C'est maintenant, le meilleur moment pour s'égarer dans ce coin de paradis. Les bruyères vieux rose piquetées du jaune des ajoncs recouvrent d'une couverture fleurie les collines de pierre grise. L'endroit exalte les sentiments.
On s'y sent profondément heureux ou malheureux face à l'ampleur du décor. L'île d'Aurigny est en face, au bout du doigt. Défendue par un raz Blanchard écumant sur une mer bleu dur. Paradis d'oiseaux, de peintres et de poètes. On y passe avec le sentiment rare de fouler une terre oubliée.
La baie d'Écalgrain, c'est d'abord du végétal. Sculpté par le vent, mais pas civilisé. Il faut marcher, grimper. La lande tolère le randonneur. À peine. Il faut de la chaussure à clous pour s'y cramponner. On aperçoit alors le monde, qui s'étale, en langues de pierre.La baie d'Écalgrain a du pirate. On s'y fait des films. Sur la vie de naufrageurs, accrochant à la nuit tombée des lanternes aux cornes des boeufs pour tromper les grands voiliers.
L'endroit est idéal pour les mauvais coups romantiques et les légendes chevaleresques. À l'ouest, le hameau Samson, aux maisons joliment restaurées, vous égare sur des chasses, ces petits chemins de la Hague. Ici, on imagine qu'ont vécu maints écumeurs des mers, des matelots et des capitaines, la jambe emportée par un boulet, et le souvenir antillais.
Sur le sentier des douaniers, on a envie de marcher à raz de terre, de se ployer comme les fougères, de frôler les chèvrefeuilles. Forcément on fait des comparaisons. On pense à Cézanne et sa montagne Sainte-Victoire. On se dit que l'on pourrait chasser la bartavelle aux côtés de Marcel Pagnol.
Mais c'est la mouette et l'engoulevent qui sont les elfes de la lande. Dans le grandiose, la baie d'Ecalgrain est au plus haut de l'échelle de valeur des vallées ventées. Un coin de solitude bien rempli. Du haut de la pointe du Houpret, on aperçoit Goury et son phare, autre joli lieu, bien plus touristique, qui découpe sa dentelle d'écume. Les collines sont sages, divisées en petits murets de pierre façon Irlande.
Et pourtant, cet endroit n'est pas civilisé. Il n'y a personne même aux jours de soleil. Quelques touristes égarés et quelques amateurs de galets. Érosion, lichens et bois flottés viennent s'user sur la grève. On pourra descendre jusqu'au moulin, et admirer son jardin de gunneras, qui s'étiolent en pente douce, le long d'un ruisselet. Il chuinte jusque dans la baie. Là, une plage. On y pose sa serviette de temps en temps. Mais le galet est un peu dur au dos des dames. Tant pis. Écalgrain n'aime pas se livrer, sauf à ceux qui savent l'admirer.

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We are back at the Bay of Ecalgrain, always stunning, whatever the weather. That day, we were walking on the beach, in late afternoon, when a wave of clouds came in from the sea. And this ode from an unknown author, fits the Bay so well.

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A corner of paradise, the Bay of Ecalgrain, between the point of Jobourg and the harbor of Goury, at the point of La Hague, a grandiose connection for solitary admirers.
Aim for Jobourg, not quite at the tip of the world. You won’t find this place by chance, but chance will drive you there. And you won’t care if the rain is plentiful, if the drops are tiny or big.
Whatever the weather, the Bay of Ecalgrain is simply gorgeous. Maritime and marvelous. Windy and rocky. Now is the best time to loose oneself in this small paradise. Heather, the same color as ancient roses, mixed with the bright yellow of the broom, spreads a blanket of flowers over the hills of grey stone.
You will feel deeply happy or unhappy in that vast landscape. Alderney Island is just over there, at arms length, protected by the Raz Blanchard, a whipped up current on a deep blue sea. Paradise for birds, artists and poets. You’ll go through there with the rare feeling of walking a forgotten land.
The Bay of Ecalgrain is primarily vegetal. Sculpted by the wind, but not civilized. You have to hike, and climb. The moors reluctantly accept the wanderer, and he will need good boots to hold on. But then, he will see the world spread out before him, in waves of stone. The bay of Ecalgrain has something of the pirate. Movies have been made here, on the “shipwreckers”, who, as night falls, would hand their lanterns on the horns of their cattle to lure the large sailing ships
It is the ideal place for romantic adventures and courtly legends. West of here, by the tiny village of Samson, with its handsomely restored farmhouses, you will get lost on the “chasses”, as the tiny paths through the countryside are called around here. You can imagine meeting old sea captains, their leg blown up by a cannon ball, and their Caribbean stories.
On the customs officers’ trail, you will feel like walking close to the earth, at the same level of the ferns and the honeysuckle. You might think about Cezanne and the Mountain Sainte-Victoire, or of hunting partridges with Marcel Pagnol.
But the real elves of the moors are the seagull and the nighthawk. On a grand scale, the bay of Ecalgrain is one of the best windy valleys anywhere. A well-stocked corner of solitude. From the tip of Point of Houpret, you can see Goury and its lighthouse, a more touristy site, shrouded in lacy spray. The hills lie very proper, divided into squares by low stone walls, just like in Ireland .
But, the bay is never crowded. Nobody is there, even on sunny days. Just a few tourist who lost their way, and some gatherers of pretty round stones. Driftwood, eroded rocks and flotsam finish their lives on the beach. You can walk to the old mill, with its garden of gunneras wilting on the gentle slope along a narrow creek that whispers into the bay. There, on the beach, you can spread a towel, even if the stones are a bit hard on the bac.. And that’s just the way it is, Ecalgrain does not like to give itself, except for those who come to admire her.

1 commentaire:

Sharon Van Lieu a dit…

I love it when the clouds mimic the landscape. In this shot the clouds offer a reflection of the surf - wonderful colors and composition.

Sharon